De 1849 à 1854 (Blaize de Maisonneuve)

1849 à 1854 VIE DU PALACRET SOUS MADAME VICTOIRE BLAIZE DE MAISONNEUVE

La nouvelle propriétaire :

Madame Victoire Blaize de Maisonneuve (23) ne devient propriétaire du Palacret que par la force des choses afin de récupérer une partie de ses créances et non par choix. Elle est ce que l’on appelle une rentière, originaire de St Malo, où elle vit toujours à cette date. Dans le cas présent, elle avait fait un placement risqué auprès de son débiteur, Jean Marie Fleuriot.

Elle cherche immédiatement à louer le moulin et elle s’en déferra rapidement.

Les meuniers et fermiers du Palacret :

Le 29 janvier 1850 Pierre Marie Chambry, instituteur de Landébaeron, mandataire de Madame Victoire Blaize de Maisonneuve, loue le moulin et dépendances du Palacret (24) à Jacques Mainguy (25) et Anne Etienne sa femme pour le montant annuel de 540 francs à acquitter en deux termes égaux, le 24 juin et le 29 septembre.

Cet acte fut établi en l’étude de maître Colcanap, notaire à Kermoroch. Il est probable que le fait que les biens locaux de Madame Victoire Blaize de Maisonneuve soient gérés par cette étude fut à l’origine du choix du meunier ; Jacques Menguy était bien connu du notaire car il exploitait le moulin du Traou en Kermoroch.

Le 16 janvier 1853 un nouveau bail est établi (26) au nom de Jean Julou et de sa femme Marie Antoinette Le Roux (27). Le précédent bail de Jacques Menguy n’est donc pas allé au terme prévu, à savoir le 28 septembre 1858. Les nouveaux occupants habitaient Saint Laurent, où ils s’étaient mariés en 1841 et où ils exerçaient la profession de cultivateur et n’avaient donc aucune expérience en meunerie.

La vie du moulin, du meunier et fermier :

L’étude des documents d’archives retrouvés ne nous donne aucune indication directe quant au fonctionnement et à l’activité du moulin. Ces données doivent se déduire, indirectement, de l’analyse des actes notariaux et des évènements familiaux de la vie des meuniers.

La lecture des actes notariaux met en avant une pratique locale concernant l’entretien des moulins ; il est en effet spécifié que le meunier fera à ses frais les réparations nécessaires «... aux tournants et moulants , meules , ponts , talus servant à l’usine …il réparera la couverture d’ardoises de la maison du moulin ... ». Le fermier rentrant remboursera, à dire d’expert, au fermier sortant « les améliorations ou augmentations … faites aux droits tournants et moulants ... » ou leur fera tenir compte de la diminution s’il y a lieu. Toutes ces augmentations ou diminutions se basent sur un renable (état des lieux) réalisé en 1850 (19). Cet état des lieux estime, à cette date, les droits à la somme de neuf cent quatre-vingt cinq francs.

Le bail Menguy a été dénoncé au bout de trois ans. Le nouveau bail est sensiblement plus avantageux pour le nouveau meunier : le montant annuel est ramené à 480 francs, le bois nécessaire à l’entretien est fourni par le propriétaire, le meunier peut faire des coupes dans les bois taillis pour son usage ... Nous sommes donc conduit à considérer que la dénonciation du bail fut le fait du meunier et ce très certainement du fait de la perte de rentabilité du moulin du Palacret. D’autre éléments conduisent à étayer cette hypothèse. Avant la révolution de 1789, le moulin était un privilège des seigneuries, et les vassaux de ces seigneuries avaient obligation d’utiliser les dits moulins moyennant un prélèvement du meunier correspondant à 1/16 des grains moulus. A l’issue de la Révolution de 1789 ces privilèges disparurent et il n’y eut plus de limitation du nombre de moulins et la concurrence s’établit.

Pour la commune de Saint Laurent, l’explosion du nombre de moulins pouvant entrer en concurrence est flagrante. En 1818 il en existe trois si l’on se restreint à la paroisse de Saint Laurent. En 1849, nous en avons relevé huit ,dans l’environnement proche (28) ; à savoir sur la commune de St Laurent et les communes voisines limitrophes, et ce, dans un rayon inférieur à 1500m autour de l‘église de St Laurent ; et ce pour une population ne dépassant pas 500 habitants soit un nombre de foyers très faible au regard du nombre de moulins.

L’état précédent impliquait une concurrence poussée et une chute de la rentabilité. Il faut encore noter que vers 1850 la route actuelle, l’actuelle départementale St Laurent - Bégard, n’avait pas encore été construite. L’accès au moulin du Palacret devait se faire via le chemin dit du Palacret St Laurent Bégard. Ce chemin était difficilement praticable par les charrettes. Dans sa plongée sur la vallée du Jaudy il était excessivement étroit (moins de 2m ), encaissé avec des talus d’environ 3m et surtout avait une pente exagérée (de l’ordre de 12% sur les derniers 200 mètres), ce qui constituait un vrai handicap pour le transport des grains et farines.

Nous constatons encore que sur cette même période, le meunier est aussi fermier, ce qui rejoint l’analyse précédente d’une activité insuffisante du moulin. Les baux, outre le moulin, mentionnent des terres labourables et en friches, des prairies, un champ d’avoine, l’obligation de défricher le champ nommé lanne Kerboens (bail de 1853), le droit d’écobuer les terres incultes, l’existence dans les divers bâtiments, d’une étable, d’écuries, d’une soue à pourceaux.

Les différents baux attirent aussi notre attention sur l’importance économique du bois au dix-neuvième siècle, tant le bois de chauffage que le bois d’œuvre. Toute exploitation ne peut se faire que suite à « désignation » du propriétaire.

On peut ainsi relever « …la coupe des bois taillis appartiendra au propriétaire …, le preneur ne pourra couper ni étêter aucun arbre ….,il est réservé au propriétaire le droit de planter et d’abattre tout bois …, le propriétaire se réserve le droit de désigner le bois nécessaire aux réparations des ponts ainsi que des claies et poteaux ..., les preneurs auront interdiction d’introduire leurs bestiaux dans les bois taillis les trois premières années qui suivent une coupe … ».
Nous découvrons encore l’existence de tourbe dans les parties marécageuses de cette vallée du Jaudy .
Les baux précisent encore « .. les preneurs ne pourront extraire de la tourbe ni faire des mottes .. »
 
 
 
 
 
 
 
 
ANNEXES:

R23

 – Madame Victoir Blaize de Maisonneuve  nacquit , à Saint Malo , le 14 janvier 1792 ; fille de Louis Blaize  sieur de Maisonneuve  négociant  et de Marie Catherine Fichet des Grèves ; en 1850 elle vit à Saint malo .
Elle épousa , à Saint Malo , le 6 février 1811 , Nicolas François Herbert de la Portbarré .
Nicolas François Herbert de la Portbarré  nacquit à St Malo le 29 juillet 1784 ; fils de Thomas Herbert de la Portbarré ( décédé à St Malo le 16 ventôse an 4 )  et de dame Françoise Laurens Charlotte Pierrès .

 

 

R24

 – acte de fermage Jacques Mainguy le 29 janvier 1850 : source Archives Départementales des Côtes d’Armor – cote 3E59 / 84  étude de maitre Colcanap notaire à Kermoroch  .

 

R25

 – sources :registres d’état civil en ligne  des AD 22  pour les  communes mentionnées
 Jacques Menguy (ou Mainguy )  est né à Brélidy le 17 octobre 1815 ; fils de Hervé et de Louise Voizezout .
Il épouse , à Quemper Guezennec , le 18 novembre 1841 , Anne Etienne ; il est alors meunier à Pleumeur Gautier .
Anne Etienne est  née , le 25 juin 1814 à Quemper Guezennec ; fille de Joseph et de Jacquette le Gras .

 

Les naissances de leurs  enfants permettent de suivre leurs  déplacements :

·         Anne Marie née le 14 aout 1842 à Quemper Guezennec

·         François Marie né  le 10 novembre 1843 au moulin de Traou en Kermoroch

·         Anne Marie née le 28 janvier 1845 au moulin de Traou en Kermoroch

·         Jean Marie né le 1 aout 1848 au moulin de Traou en Kermoroch

·         Marie Yvonne née le 1 avril 1850  au moulin du Palacret en Saint Laurent ; elle décéda le 9 février 1852 à Saint Laurent

 

R26

 – Location Palacret à Jean Julou le 16 janvier 1853 - source Archives Départementales des Côtes d’Armor – cote 3E59 / 86  étude de maitre Colcanap notaire à Kermoroch  .

 

 

R27

  - sources :registres d’état civil en ligne  des AD 22  pour les  communes mentionnées

Jean Julou est né le 19 décembre 1818 à Ploumagoar ; fils de Jean et de Jeanne Huon .
Il épouse, le17 avril 1841 , à Saint Laurent ,  Marie Antoinette Le Roux  ménagère ; à cette même date il habitait à Saint Laurent où il exerçait le métier d’agriculteur .
Marie Antoinette Le Roux nacquit à Pluzunet  le 20 avril 1815 ; fille de Gilles Le Roux et de Marie Antoinette Le Penven .

 

Le 3 janvier 1865 ils habitent Bégard au lieu dit Kerhorre ou Kerho ; lors de son décès  le 1 aout  1897  Jean Julou  y habitait toujours .

 

Naissances de leurs enfants :

·         Jean Marie  et Marie Antoinette  nés le 1 juin 1845 à St Laurent   ( père agriculteur )

·         Jean né le 1 juin 1848 à St Laurent  ( père agriculteur )

·         Marie Renée née le 26 juillet 1849 à St Laurent ( père agriculteur )

·         Marie Jeanne née le 25 septembre 1851 à St Laurent ( père agriculteur )

·         Pierre Jean né le 7 octobre 1842  à St Laurent ( père cultivateur )

·         Jean François né le 30 juin 1855 au Palacret en St Laurent  ( père meunier )

 

 

R28

 – Les moulins à St laurent et dans les communes limitrophes  au milieu du 19 ème siècle ;

Sources plans cadastraux   : 1818 et 1849 pour St Laurent ; 1832 pour Brélidy ; 1817 pour Bégard

 

A l’issue de la Révolution de 1789  il existait sur le territoire de la commune de  St Laurent  , sur la rivière le  Jaudy , de l’amont vers l’aval : le moulin neuf , le moulin du Fot , le moulin du Palacret .

En  1849 il y avait  , en sus des moulins cités  précédemment , à sensiblement la même distance du centre bourg   , le moulin du Logeou ( en réalité en  Brélidy  très proche de la  limite avec St Laurent ) et sur  rive gauche du  Jaudy  ( territoire de la commune de Bégard ) le moulin de Castel Pic ,  le moulin  de Coz Guingamp  et le moulin de Coat Gouray . puis  sur le ruisseau Teoulas ( affluent du Jaudy ) le moulin du Traou ( sur la commune de Kermoroch ) . Soit au minimum huit moulins situés  à  distances raisonnables,  permettant aux habitants  le choix  sans  le handicap  d’une pénalisation   due à la distance .