Y - Chartes de Conan IV

Compléments à l’étude des chartes dites de Conan IV à la lumière  de la découverte  d’une étude de ces mêmes chartes,  faite au XVIII e siècle   par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem  de la commanderie de la Feuillé : Yves Le Moullec

 

 

 

RAPPELS SUR LES CHARTES DE CONAN IV

Nous ne reprenons pas ici les études et interprétations déjà parues sur les chartes connues sous le nom de chartes de Conan IV. La première étude  sérieuse fut réalisée par Anatole de Barthélémy (Bibliothèque de l’école des chartes, tome 33, pages 443 à 454,1872) ; nous trouvons ensuite celle de Guillotin de Corson qui reprend presque intégralement celle de  A. de Barthélémy (Les Templiers et les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem dit ordre de Malte en Bretagne, Edition Durance-1902), enfin l’étude de  François Colin (étudiant en master 2 d’histoire médiévale, université de Nantes -2008).

Pour une étude  approfondie de ces chartes se référer à l’étude de François Colin, qui reste à ce jour la plus complète et synthétique (adresse internet suivante : abpo.revues.org/268).

 

ÉTENDUE DE LA PRÉSENTE ETUDE

 

Limites de l’étude :

 

La présente étude se limite aux possessions de la commanderie de la Feuillée  et ne couvre donc pas la totalité des lieux mentionnés dans les chartes de Conan IV. Elle a été engagée suite à la découverte, aux archives départementales des Côtes-d’Armor, de documents à priori inédits  et qui semblent constituer une étude des chartes de Conan IV réalisée au XVIIIe siècle par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. L’auteur des documents,  supports de la présente analyse,  ne les a  ni signés ni datés. Tous les lieux  qu’il propose  correspondent à des paroisses, trêves, villages où la commanderie de la Feuillée possédait des manoirs, églises, chapelles, moulins, terres  et ce aux XVIe, XVIIe  et XVIIIe  siècles,   périodes pour lesquelles nous avons des  terriers, rentiers  et  aveux qui nous permettent de le vérifier.

 

Outre les éléments figurant dans cette étude du XVIIIe siècle sera également utilisé  notre travail sur la commanderie du Palacret et de la Feuillée[1].

 

 Présentation des documents découverts :

 

Les documents  redécouverts aux archives départementales des Côtes-d’Armor l’ont été dans la série H, ordre de Malte, à la cote  H art. 580.

Ils comportent :

·         D’une part   une copie (annexe 1), datant à priori du XVIII e  siècle,  de  la présentation par Alain de Boiséon, commandeur de Pont-Melvez,  de la  charte de confirmation  de Pierre II duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemont,  des  chartres de Conan IV  et d’autres documents. Présentation faite à Morlaix, datée du 14 mars 1451 (ancien style),  de la charte de confirmation, rédigée à Nantes le premier novembre 1451(ancien style).

Ce document comporte 16 folios sur lesquels figurent diverses annotations, portant sur l’interprétation ou décodage des noms de lieux.


En 1451 Alain de Boiséon  fut nommé commandeur de la Feuillée / le Palacret  en remplacement de Pierre de Keramborgne, décédé en 1449 ; il a donc, à compter de 1451, cumulé ces deux fonctions (Pont-Melvez ne sera définitivement intégrée à la Feuillée qu’à la fin du XVIe siècle).

Ce document du XVIIIe siècle semble lui-même être une copie d’un document plus ancien dont l’écriture nous le fait dater de la fin du XVI e, début du XVII e siècle (cf annexe 3   archives  départementales des Côtes-d’Armor  sous la cote H art.511).



·         3 folios  (annexe 2) portant en introduction «  explication du nom des paroisses contenues dans la lettre du duc Connan de l’année 1160 dont les noms sont différents aujourd’huy … »

 

 

ETUDE DES CHARTES DE CONAN IV

 

A notre connaissance le dernier travail réalisé sur cette charte le fut, en 2008, par  François Colin, étudiant en master 2 d’histoire médiévale à l’université de Nantes.

Aussi nous l’avons pris en référence et conservons, pour une comparaison plus aisée, ses numéros de notes en lien avec  les noms de  lieux.

Dans la  colonne « traduction F. Colin »   l’ajout de  lettres par F. Colin avait pour objet de préciser l’émetteur initial de l’hypothèse retenue :

·         Lettre B= A. de Barthelemy.

·         Lettre G= G. de Corson.

·         Lettres AB = Alain Boulaire.

·         Lettre C = F. Colin.

 

Abréviations utilisées :

év. = évêché ; Corn. = Cornouaille ; Trég. = Tréguier

 

 En rouge dénominations pour lesquelles notre analyse conduit à des conclusions non concordantes avec celles des précédentes études.

 

 

Charte de 1160

 

notes

charte de 1160 ; copie de 1312 ;

noms des lieux

traduction 

F.  colin

hospitaliers charte de 1451 ; copie du XVIII ;

dénominationS

hospitaliers charte de 1451 ; copie du XVIII;

traductionS.

HypothèseS Y. Le moullec.

54

louergat

Louargat   (B)

louergat

Louargat)

Louargat (22)

56

pennguenan

Penvenan  (B)

penguenan

Penvenan

Penvenan

57

pederiac

Pédernec   (B)

pedernac

Trêve de Moustéru en Pédernec

Trêve de Moustéru en Pédernec (22)

58

pumirit

Peumerit-Quintin   (B)

Trêve de St Gilles

pumerit

Trêve de St Gilles en Pommerit-le-Vicomte  

Trêve de Saint- Gilles en Pommerit-le-Vicomte (22)

60

Pleguen

Pléguien, 22,   (G)

 

plegoien

 

Pas de possessions

61

mael

Mael   (B)

 

(Mael-Pestivien dans les Côtes-d’Armor)

 

Moellan

Chapelle de la Magdeleine en  Kergrist-Moelou

(proche de Mael-Carhaix)  

Mael  (22)

62

an rodoudoed gallec

Roudouallec   (B)

(dans le Morbihan,ev de Corn)

 

 

Rodergallec

Roudouallec (commune du Morbihan  près de Gourin)

Roudouallec (commune du Morbihan  près de Gourin)

63

 

 

 

 

 

 

En luch

Le loch   (B)

 

(Commune de Peumerit-Quintin dans les Côtes-d’Armor, év. de Corn )

an Luchan

Luhan (paroisse à 2 lieux de la chapelle Saint- Jean de Botlan en Edern)

Le Loch (noté Le Louch sur tous les documents à partir du XVIe )

64

 

 

An folled

La Feuillée   (B)

(Finistère,  év. de Corn. )

felleid

La Feuillée

La Feuillée (29)

65

banazslant

Balanan   (B)

(commune de Plouvien , Finistère , év. du Léon )

Banadlant

Saint-Jean Banallan en la paroisse de Plouyen (Plouvien dans le 29)

Saint-Jean Balanan en la paroisse de Plouvien dans le 29

66

Elemosine de fou

Plounevez-du-Fou   (B)

(Finistère, év. de Corn. )

Elecmosina de fou

Plounevez du Fou

Plonevez-du-Faou  (29)

67

Elemosine de brithiac

Briec   (B)

(Finistère, év. de Corn. )

Brenacet

Briec ou Briezec

Briec (29)

68

pennharch

Penhars   (B)

(Finistère,  év. de Corn. )

penuharch

Penhars

Penhars (29)

69

ploeneth

Plonéis   (B)

(Finistère,  év. de Corn. )

plornech

Plouneis

Ploneis (29)

70

arke

Ergué - Gabéric  ou Ergué Armel

 (B)

(Finistère,  év. de Corn. )

erbe

Edern

Ancienne paroisse d’ Ergué-Armel, commune en 1790, fusionnée avec Quimper en 1960 (29)

71

cothon

Cuzon   (B)

( commune de Kerfunteun, 29,  év. de Corn. )

Cothon

 

 

72

mathalon

Mahalon   (B)

(Finistère,  év. de Corn. )

 

Mathalon

 

 

73

Bodoc kapsithum

Beuzec-Cap-Sizun   (B)

(Finistère,  év. de Corn. )

Bodech  Kapsitun

Beuzec Capsisun

Beuzec-Cap-Sizun (29)

74

Hospitalis inter duas kemper

L’Hôpital entre les deux Quimper   (B)

 

hospitale  inter duas Kemper

L’Hôpital de Quimper

L’Hôpital de Quimper (29)

75

Hospitalis super beloen

L’hôpital sur le Belon   (B)

(commune de Riec sur Belon, Finistère,  év. de Corn. )

hospitale super Beloen

 

 

76

Elemosine de moelan

L’aumônerie de Moelan   (B)

 (Commune de Moëlan, Finistère,  év. de Corn. )

Elecmosina de Moelan

 

 

92

Kinstinic blaguet

L’aumonerie de Quistinic –Blavet  (B)

 ( Morbihan, év. de Vannes )

Elecmosina in Kistinich

Kistinic

Quistinic (56)

101

Elemosine de ploearthmael

Ploermel   (B)

(dans le Morbihan, év. de Saint-Malo  )

 

Elecmosina de ploearth

Plouaret

Ploërmel (56)

101 bis

Regroupé avec terme précédent

 

Mael

Mael

 (Mael et Louch dans la liste des commanderies )

Ploërmel           ( Mael faisait partie  de la dernière syllabe du nom précédent )

102

brull

Inconnu

Keranhoult de gueffre

Le Louch

Transcription fautive

103

kessoe

Quessoy   (B)

(Côtes-d’Armor, év. de Saint-Brieuc )

Ce terme avec déformation  a été regroupé avec le précédent

 

Quessoy (22)

 

Ne fait pas partie de la commanderie de la Feuillée

 

 

 114

Kaerfounric in comanna

Kerfounric  en Commana,    (B)

( Finistère, év. de Léon )

Kerfonerich en Commenna

Kerfornedic  en Commana

Kerfornedic  en Commana (29)

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires expliquant nos choix  et  les quelques écarts avec les études antérieures

 

58

Pour les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem "  Pumerit  mentionné dans la charte dite de Conan IV de 1160 serait Pommerit-Le-Vicomte  dont Saint-Gilles-le-Vicomte (aujourd’hui  Saint-Gilles-les-Bois) est une trêve.

 Cette  interprétation du terme    Pumerit   me parait plus probable que celle donnée par A. de Barthelemy  qui y voit Saint-Gilles  une des trêves de  Peumerit-Quintin. En effet dans cette même charte il y a la mention de en Louch que A. de Barthelemy   ainsi que les Hospitaliers   attribuent à Le Louch  dans la trêve de Mael Pestivien  elle même dans la paroisse de Peumerit-Quintin ; ce qui fait que si l’on retenait l’interprétation  donnée initialement par  A. de Barthelémy  nous aurions  2 fois  la mention de Peumerit-Quintin  dans cette chartre de 1160  ce qui serait contraire à tout ce qui est mentionné par ailleurs dans cette même charte .

Dans la charte de 1182 A. de Barthelemy  voit en la dénomination de Karaart     Kerhars en la commune de Saint-Gilles-le-Vicomte ( Saint-Gilles-les-Bois après la Révolution )  sous  l’argument que Ogé dans son Dictionnaire historique et géographique de Bretagne y place la templerie de Kerhenoret. G. de Corson mentionne dans son ouvrage les templiers en Bretagne  «  que la tradition a conservé le souvenir d’une ancienne templerie en Saint-Gilles-le-Vicomte ( Saint-Gilles-le-Bois ) mais elle l’appelle Kerhenoret et la place au lieu de Kerharz .... » ;  cette  dernière affirmation  est encore indirecte  et renvoie à B.  Jollivet  (Les Côte- du-Nord histoire et géographie de toutes les villes et communes du département - tome  III ).

   Ces derniers éléments concernant une possession d’origine templière semblent contredits par les éléments factuels  à savoir  aucun aveu ou terrier des Hospitaliers ne garde trace  de ces hypothétiques biens Templiers.

 

60

 

F. Colin  pour la dénomination  Pleguen  dans la charte  fait le choix de Pléguien ( canton de Lanvollon dans les Côtes-d’Armor )  qui  est également  la transcription qu’en a fait et G. de Corson. Il faut cependant noter que ce dernier attribue cette interprétation à Paul de la Bigne Villeneuve (dans le bulletin de l’Association Bretonne classe d’archéologie, IV,192  - dénomination Plegwenn) et rajoute :« mais nous n’avons point de détails sur ces biens ».

Par contre A. de Barthélémy fait le choix de Plévin (canton de Mael-Carhaix).

 

Au XVIIIe  siècle les Hospitaliers, n’ayant aucun bien en Pléguien, n’en font aucune transcription.

 

Diverses recherches m’amènent à conclure que les choix faits par Guillotin de Corson, Paul de la Bigne Villeneuve ont pour origine une homonymie. Dans cette région il y avait une seigneurie de La Feillée qui possédait des biens à Pleguien,  Pléhedel,  Pludual...  D’où une confusion aisée avec la commanderie de La Feuillée. Elément supplémentaire  les armes des La Feillée  seigneurs de Langarzeau  en Pludual et vicomte de Pléhédel  étaient d’or à la croix d’azur  ( Cf  bulletin monumental publié sous les auspices de la société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; dans son bulletin de 1891 sont  décrites et dessinées  ces armes telles qu’elles  figuraient sur un vitrail du XVe siècle dans la chapelle de Notre Dame-de-La-Cour en Lantic)   et cette croix pouvait aisément être confondue avec la croix de Malte.

 

 L’aveu fait, en 1686 (AD22 cote 1G art 19 et AD44 cote B757  très proche du précédent ), par ″Vincent Aufray, sieur recteur de Lantic, chapelain en la chapellenie  Saint Laurent  La Fueillée ….pour des fonds de dixme  en la paroisse de Pleguien... Plehedel… Pludual… Lannebert nous conduit à la même conclusion c'est-à-dire qu’il ne s’agit nullement de la commanderie de la Feuillée puisque cet aveu est fait au «  roy notre sire soubz le domaine de sainct Brieuc Cesson et ressort du Gouellou … ».

 

L’étude des terriers et aveux de la commanderie du Palacret du XVIe siècle à 1792 nous conduit à conclure que, pour le moins, pour la période concernée, les Hospitaliers n’avaient aucune possession en la paroisse de Pléguien.

 

Un autre élément nous conduit à penser qu’ils n’en ont jamais possédés. Cet élément est l’application  stricte faite par les Hospitaliers de leurs règles  leur interdisant de vendre ou d’engager les biens de l’Ordre.

Voir ci-dessous extrait de  «Abbé de Vertot, L’histoire des chevaliers Hospitaliers de S. Jean de Jérusalem : confirmation des huit  statuts  faits au chapitre général tenu en 1588 , Paris compagnie des libraires associés, tome sixième, 1771» :

 

 

 

 

61

Des possessions existent  sur les territoires de Mael-Pestivien  tout autant que sur  secteur de Mael-Carhaix.

En fait dans ses notes A. de Barthélémy  mentionne Mael-Carhaix ou Mael- Pestivien , canton de Callac dans les Côtes-d’Armor .

 

6 3

Dans la charte  le  Luch suit Mael  dans l’énumération des noms  et il semble plus logique d’attribuer à le Luch  le sens de la trêve du Louch en Mael-Pestivien ; en effet dans tous leurs documents  les Hospitaliers, à minima, à  compter du XVIe  siècle, ne dissocient jamais  ces deux lieux et les mentionnent comme étant le  membre de Mael et Louch.

Il faut cependant noter que les Hospitaliers possèdent effectivement des biens dans la paroisse de Luhan (proche de la paroisse d’Edern dans le Finistère ; le mémoire établi en 1655  par les Hospitaliers   portant consistance de la commanderie de la Feuillée indique : «  …plus en la

paroisse de Luhan (…)distant de Saint-Jean de Botlan [en Edern ] est le village de Betmap (…) où il y a une chapelle  et paie le dit village (...) » ;  cette chapelle étant dédiée à saint Jean on peut  donc logiquement penser qu’il s’agissait d’un bien d’origine  Hospitalière.

 

 

70

A. de Barthelemy a proposé pour arke la paroisse d’Ergué- Armel  qui, vers 1244, aurait été orthographiée Arké-Arthmaël  (cartulaire de Quimper en 1244).

 

 

74

L’interprétation des Hospitaliers confirme également celle d’A. de Barthelémy et de F.  Colin

qui fait de Hospitalis inter duas kemper   la commanderie de Quimper-Corentin.

Elle invalide l’hypothèse finale de Guillotin de Corson  qui cite en un premier temps :

·  Le Palacret entre Quimperven et Quemper-Guezennec  (peu crédible  si l’on regarde une carte).

·  Le Moustoir en Kernevel  sis entre Quimper et Quimperlé.

·  Quimper bâti à l’origine entre la vieille  citée  Civitas Aquilonia (aujourd’hui Locmaria) et la ville actuelle de Quimper.

Puis qui considère que ces hypothèses tombent sous prétexte que  le procès-verbal de visite de cette commanderie en 1617  la mentionne sous le nom de Temple de Saint-Jean  et donc qu’elle est d’origine templière  et que la charte de 1160 ne peut de ce fait  la concerner. Cependant cet historien se contredit  et  donc invalide sa propre démonstration en affirmant, dans le même ouvrage, et en le prouvant que «  les termes de  temple et  d’Hôpital ont souvent été pris indifféremment au XVII e siècle ».

 

 

101/101 bis /102 /103

La copie du XVIIIe  de la charte utilisée par  les Hospitaliers nous paraît très fautive  au vu des copies utilisées par les historiens A. de Barthélémy, Guillotin de Corson,  F.  Colin ou celle donné par Dom Morice (Preuves, tome 1, colonne 638, archives de Molac) ou celle trouvée par Arthur de la Borderie (copie authentique de 1311, archives impériales – trésor des chartes- carton J 241 n°26).

 

Elemosine de ploearthmael est transcrit sous la forme  de  2 noms  Elemosine de ploearth  et en sus  de   mael  ; constatant que Mael existe déjà dans la liste  nous  ne pouvons que rejeter l’éclatement  de ploearthmael  en 2  lieux distincts .

 

Brull    et kessoe   sont devenus  Keranhoult de gueffre   ; déformations sans doute  dues aux  recopies successives  pour lesquelles nous ne trouvons aucun élément justificatif. A noter que cette erreur de recopie exisait déjà sur les copies du XVIIe siècle retrouvées aux archives des Côtes-d’Armor (H511 et H580) par contre elle n’existe dans la copie que nous avons relevée au archives d’Ille-et-Vilaine (copie du XVIIe siècle -19 H1).

Il faut cependant noter que Quessoy  fut à l’origine  une commanderie indépendante avant d’être rattachée, en 1566,  à la commanderie de Carentoir. Au cours de son existence  elle  n’eut donc pas de lien direct  avec la commanderie de la Feuillée. A l’origine elle fut une commanderie hospitalière : Guillaume de Jamart, commandeur de Quessoy, et Jean de Chalons commandeur de la Feuillée représentent, en mai 1313, les Hospitaliers lors de la dévolution des maisons templières de la caillebotière, Créhac et Lanouée à l’Ordre des Hospitaliers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Charte de 1182

 

 

 

 

 

 

 

Notes

Charte de 1182 ;

Confirmation

de 1451 ;

Noms des lieux

Traduction

F. Colin

Hospitaliers ;

Copie du XVIIIe

de la

Confirmation  de 1451 ;

Dénominations

Hospitaliers ;

Copie du XVIIIe

de la

Confirmation  de 1451 ;

Traductions

Hypothèses

Y. Le Moullec

128

languivurt

Langonnet,

56, év. de Corn.   (G)

languinuet

Langonnet

 

Langonnet

dans le 56

129

Elemosina de castello Pauli

L’aumônerie de Lamballe, 22,  év. de St-Brieuc, (B)

elecmosina de Castello pauli

Taulé

Saint-Paul-de-Léon

130

lerachoou

Le Rechou,

 com.  de Plounerin, 22,  év. de Trég.,  (B)

Ledacoru

 

Le Rechou en Plounérin dans le 22

131

guerncadiou

Kercadiou,

Com. de Pont-Melvez, 22, év. de Trég.    (C)

gueroncadiou

 

 

132

pontaul

Pontol, com. de Ploulech, 22, év. de Trég. (B)

pontaul

Ploulech

Le Pontol en Ploulech

dans le 22

133

coatrevar

Coatreven, 22, év de Trég., (C)

Coetrevan

Coatreven

Coatreven

dans le 22

134

runargant

Runan, 22, év. de Trég.,  (B)

 

Runargant

Runan

Runan

dans le 22

135

runhaleuc

Runellec,

Com. de Squiffiec, 22, év. de Trég.  (B)

 

Runhaleuc

Runellec

en la paroisse  Squiffiec, 22, év. de Trég.

Runellec en Squiffiec

dans le 22

136

trevoelan

Trefflean, 56,  év de Vannes, (B)

trehouahen

Treusazan

 (Trevoazan)

en la paroisse de  Prat, 22, év. de Trég.

Trévoazan en Prat dans le 22

139

Elemosina de gouelou

L’aumonerie de Vildé- Goëlo,

Com. de Quevert,

22, év. de St-Malo, (G)

 

Elecmosina de gouello

Plélo et Bocqueho, 22, év. de Trég.

 

Plélo et Boqueho dans le 22

146

La verger a ploehmic et alteram villam in eadem ploehmic

Le Verger en Plémy et un autre village en Plémy,

22, év. de St-Brieuc,   (B)

 

La vergier a plohehunc et alteram villam in eadem plohehunc

 3 villages  en la paroisse de Plouhinec

 

157

monasterium

heuarni

Saint Heuarneau,

com. de Pont- Melvez, 22, év de Treg.,   (AB)

 

Monestarium heuarin

 

St Houarneau en Pont-Melvez

158

Boocerhut (bocherut)

Bocqueho, 22, év de Treg.,  ( B)

Barihunt

 

Boquého déjà relevé note

139

170

apondo

Le Ponthou, 22, év. de Treg.,  (B)

goholapondo

 

Pas de possession

174

tourc

Tourc’h, 29, év. de Corn.,  (B)

tourc

 

 

178

penmaelvas

Pont-Melvez, 22,  év. de Treg., (B)

pummaelvez

La paroisse de Pommelvez 

(Pont-Melvez)

Pont-Melvez dans le 22

189

keraart

Kerhars, com. de  St-Gilles-les-Bois,  22, év. de Trég.,  (B)

Karaart

 

 

190

trepartan

Trébeurden  (B)

Ou

Trevouazan, com. de Prat, 22, év. de Trég. ,   (C)

 

Trepartan

Pas repris car Trévoazan déjà relevé note

136

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lettre de 1217

 

castrolini

Chateaulin où il y a une chapelle

Dans le bourg de Chateaulin, 29, év. de Cornouaille

 

 

 

In gourein

Gourin

Paroisse de Gourin, 29,

 

 

 

Lenion

 

Non relevé par les Hospitaliers ; serait Lannion, 22, év. de Treg.



 

 

129

Les Hospitaliers sont les seuls à traduire  Elemosina de castello Pauli par la paroisse de Taulé. On peut comprendre que la commanderie de la Feuillée  s’étendant sur la paroisse de Taulé (département du Finistère –diocèse de Léon ) ils aient voulu reconnaître une de leurs possessions   dans la charte de 1182 ; mais on ne perçoit pas bien dans ce cas comment relier  le nom de  castello Pauli   avec celui de Taulé ; sauf si l’on considère que  Taulé est proche de Saint-Paul-de-Léon ; lequel Saint-Paul-de-Léon  est l’une des hypothèses  proposées  ci-après pour castello pauli .Ou encore si l’on admet  un problème de transcription entre l’appellation de 1128 notée Taulai ou celle de 1353 ( plus proche des  hypothèses  faites quant à la date d’écriture de la dite charte )  notée  Taule   donc très proche de  Paul .

A. de Barthelemy «  propose sous toutes réserves d’y voir Lamballe  Côtes- d’Armor)  appelée quelquefois à cette époque Castellum Lanna Pauli … »  et cite divers documents qui font mention au XIVe siècle, à Lamballe, de la maison du Temple ; cependant il mentionne que M. Le Men propose Saint-Pol de Léon  appelé quelquefois Castel Paul. L’hypothèse d’A. de Barthélémy est contredite par les études récentes concernant l’affirmation que Lamballe aurait porté anciennement le nom de Lann Pol. Stephan Morin, dans son étude  Lamballe et Penthièvre aux XIe- XIIe siècles entre mythe et réalité, (Mémoire de la SHAB, 2003) affirme que ce nom de Lan-Pol ne repose sur aucune source du Haut Moyen Äge (la plus ancienne mention du nom de Lamballe serait Lambala (Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, Anciens évêchés de Bretagne). Il poursuit en rappelant que le seul argument vient d’une traduction systématique du vieux breton Lann par ermitage, traduction aujourd’hui discutée (Hubet Guillotel, le poids historiographique de la Borderie, Mémoire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, 2002, Tome LXXX, P 343-359). Par contre Castello Pauli s’applique bien à Saint-Paul-de-Léon à la date la plus ancienne donnée à la charte de Conan IV de 1182 : un acte du Saint- Siège daté du 2 avril 1387  mentionne bien Castro Pauli Leonensi  en promettant ″des indulgences pour ceux qui contribueront à la restauration de l’hôpital de Notre-Dame à Léon″ (Reg. Avignon 247, f° 420-Mollat).

 

Faut il y voir une coïncidence  mais l’histoire mentionne que Taulé fut le théâtre  d’une lutte entre Guyomard IV, comte de Léon,  et le duc de Bretagne Conan IV  qui s’empara du site en 1166. Durant ce même Moyen Age , au XIIe  siècle, en Taulé, un des système défensif du Pays de Léon était l’éperon barré de Castel  an Trebez  (que l’on traduit par le château  du trépied, mais nullement  par  le  château de Paul ….).

 

Sur la base de ces divers éléments nous donnons la préférence au choix fait par les Hospitaliers et plus tard M. Le Men qui voyaient dans l’appellation Elemosina de castello Pauli″ la ville actuelle de Saint-Paul-de-Léon.

 

 

 

 

133

 

F. Colin ainsi que les Hospitaliers voient en  coatrevar la commune actuelle de   Coatreven dans les Côtes d’Armor. Quant à A. de Barthelemy  il n’avait donné aucune traduction  de ce lieu.

 

136

 

Les Hospitaliers  affirment au  XVIIIe  siècle que leurs biens en cette paroisse sont d’origine Templière  et que  Trevoelan    qui figure dans la chartre de Conan IV  de 1182  est Trévoazan   en Prat.

Par contre  Anatole de  Barthelemy (1872), Guilllotin de Corson(1902), François Colin (2001) reprennent l’hypothèse de  M. Longnon   qui  proposait, au XIXe siècle, pour cette dénomination Treffléan dans le Morbihan (paroisse qui aurait porté le nom de Tréflégan en 1387 et de Tréveléen en 1397).

 

 

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G. de Corson s’est orienté  pour Elemosina de gouelou  vers  Vildé-Goëllo dans la commune de Quévert. Il indique s’appuyer sur l’hypothèse de A. de Barthelemy  et Geslin de Bourgogne  (dans  Anciens évêchés de Bretagne, VI, p137) pourtant quand on consulte l’étude de A. de Barthélémy (dans bibliothèque de l’école des chartes, année 1872, volume 33, numéro 1, pages 443 à 454) on ne trouve nullement cette mention, ce dernier n’ayant fait aucune hypothèse pour cette dénomination.

Quant aux Hospitaliers ils traduisent cette mention par : Plélo et Bocqueho.

 Si l‘on veut voir dans  gouellou    le Goëlo  c'est-à-dire le  pays de Bretagne constitué par le nord-ouest de l’ancien évêché de Saint Brieuc  ce n’est pas incohérent. A noter encore l’existence en Plélo d’un lieu dit nommé château-Gouëlo ce qui milite également en faveur de l’hypothèse précédente. En Plélo et Bocqueho  les rentiers et terriers des Hospitaliers  garderont la trace de possessions jusqu’à la révolution  de 1789  dont entre autre la chapelle de Saint-Jean du Temple ainsi que le moulin du Temple qui existe toujours, même si remanié, en 2015.

 

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Pour la période du XVIe siècle au  XVIIIe siècle nous n’avons pas trouvé trace de possessions Hospitalières  qui justifieraient le rapprochement fait par A. de Barthelemy  entre La verger a ploehmic  et le lieu dit actuel  Le Verger en Plémy.

Quant à la commanderie de la Feuillée il n’est guère surprenant de constater que ses représentants au XVIIIe siècle cherchent dans  la liste de leurs possessions  celle dont la dénomination serait proche  des noms de lieux figurant dans la charte de Conan IV d’où  le choix fait de  villages  en la paroisse de Plouhinec  pour  La vergier a plohehune qui figure dans la copie de la charte qu’ils analysent.

 


 

 

COMMENTAIRES EN GUISE DE CONCLUSION

L’analyse de l’étude faite par les Hospitaliers  au XVIIIe  siècle nous parait orientée. En effet elle se limite à une recherche  des dénominations des noms de lieux qui figurent dans les chartes de Conan  IV  qui pourraient correspondre avec des biens que la commanderie de la Feuillée  possède à la date de  la dite  étude.

 Pour autant  elle me parait aussi fondée que  les études faites ultérieurement par les historiens au XIXe  et XXe siècles.

Nous avons attribué cette étude aux Hospitaliers, ou à l’un de leurs fermiers généraux, pour plusieurs raisons :

  • Les documents sont intégrées aux archives de l’ordre de Malte conservées aux archives départementales des Côtes-d’Armor.
  • La formulation utilisée pour justifier de la correspondance entre le nom figurant dans la charte et le nom actuel d’une paroisse ou trêve nous donne à penser que l’étude a été rédigée par le ″possesseur des biens″. Très fréquemment est utilisée une phrase du type : X veut dire Y où il y a du bien. Ou encore plus précis : X veut dire Y ou il y a une chapelle.

 

 L’intitulé de l’étude de François Colin me parait  très judicieux et exact. « Quand l’historien doit faire confiance à des faux : les chartes confirmatives de Conan iv, duc de Bretagne, aux Templiers et aux Hospitaliers.. ».



Le premier point à prendre en compte  est que ces chartes sont apocryphes et donc des faux.

L’analyse des différentes études de ces chartes réalisées par  Arthur de la Borderie, Anatole de Barthélémy, Guillotin de Corson, François Colin  nous rappelle que les attributions des différentes dénominations par ces historiens sont pour la plupart des hypothèses  et non des certitudes. Il n’est que de relire le compte-rendu de la séance du 17 septembre 1873 à Quimper,  à l’occasion du congrès de l’association bretonne d’archéologie, où fut présentée par messieurs Le Gall et l’abbé G. de Corson  l’étude réalisée par A. de Barthélémy des chartes de Conan IV publiée et publiée en 1872. Au cours de cette  présentation  on est loin d’un consensus quant aux interprétations présentées  par A. de Barthélémy  alors même que ce dernier en a retenu un certain nombre qui sont celles de plusieurs  des participants du dit congrès   .

  Il ne faut pas oublier que dans ces chartes les noms bretons des différents lieux cités   ont été latinisés, que  l’on ne possède  que des copies des  chartes d’origine  et que  toutes les copies que l’on a retrouvées de ces chartes nous  font percevoir  que les copistes successifs  ont accumulé  à l’envie des erreurs de transcription. 

 

A  l’heure où fleurit la communication  (internet entre autre), où toutes les communes  voulant développer le tourisme sur leur territoire ont édité des plaquettes et ouvert  des sites internet qui présentent l’histoire ″supposée″ de leur  commune, l’on constate que ces chartes sont sans cesse mises en avant comme élément factuel, certain, que sur leur territoire  il y avait une commanderie, une chapelle, une aumônerie   Templière ou Hospitalière ou les deux… 

A chaque fois est mise en avant une phrase du genre  «  la commune de xxx est citée dans la charte de 1160 ou de 1182… ». et de ce fait pour tout lecteur, non spécialiste de l’histoire de cette époque,  il s’agit donc d’une certitude. 

Les Templiers et même les Hospitaliers sont l’objet d’une telle curiosité et nimbés d’un tel mystère que nos historiens amateurs veulent découvrir leurs traces dans toutes les communes ou recoins de leur territoire. Et l’on relève sans cesse : «   telle  église, chapelle, croix, moulin, tas de cailloux  … est d’origine Templière, Hospitalière …. ».

De plus il est souhaitable d’avoir présent à l’esprit que si l’on recherche réellement l’origine première du bien, et non seulement quel fut  l’ordre religieux qui le posséda avant la suppression de l’ordre du Temple, nombre de ces biens furent des dons faits à ces ordres religieux.      

 

 

                        Yves Le Moullec (9 septembre 2015, révision de l’étude initiale du 20 mars 2013)



[1] Yves Le Moullec, Le Palacret  histoire d’une commanderie en Basse-Bretagne, auto-édition  imprimerie  Roudenn Grafik, 2015.



ANNEXES :


Annexe 1

 

Folio 1  de la charte de confirmation des chartes de Conan IV par Pierre II ; support ayant servi au XVIIIe siècle  à l’étude  réalisée par les Hospitaliers.





Résumé du contenu de la charte de Pierre II, duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemont 
La charte de Pierre II confirme en reprenant textuellement leur contenu les chartes suivantes :

  • La charte de 1141 de Conan III fils d’Alain IV qui fait don aux Templiers de l’île de la Hanne (aujourd’hui prairie des Mauves en Nantes) et un emplacement à Nantes pour y construire une maison.

  • La charte de Conan IV  de 1160 dans laquelle le duc confirme les possessions et  dons faits aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem en Bretagne. Les historiens ont démontré que cette charte était un faux, elle n’existe qu’à l’état de copie  et sa  plus ancienne version  connue date de 1312.

  • La charte de Conan IV de 1182 dans la quelle le duc confirme les possessions et dons faits aux templiers en Bretagne. Les historiens ont démontré que cette charte était un faux, elle n’existe qu’à l’état de copie  et sa  plus ancienne version connue date 1451, faisant partie de la charte de confirmation de Pierre II.

  • La charte de 1201 de Constance (mère de Pierre de Dreux) qui confirme tous les dons faits aux Templiers par son arrière grand-père  Conan III.

  • La charte de 1217 du duc  Pierre de Dreux et de son épouse Alix  confirmant toutes les donations faites aux Templiers par leurs prédécesseurs et leurs vassaux, avec l’immunité et la liberté qui leur avaient été accordées. En leur accordant en sus d’autres dons dans sept  villes de Bretagne [ il s’agit de la seule charte authentifiée mentionnant quelques villes situées en Basse-Bretagne].

  • La charte de 1217 du duc de Bretagne, comte de Richemont confirmant les donations faites à l’ordre du Temple des landes et communes en leur  possession et défendant d’inquiéter les chevaliers et leurs hommes dans la jouissance de leurs biens.

  • La charte de 1246 de Jean I, duc de Bretagne et comte de Richemont. Elle ne  concerne pas la Basse-Bretagne mais la Loire-Atlantique  et est relative à un four banal donné aux Templiers, en aumône, par Alain de la Roche (Allanus de Rochanno).

     

 

  

 

 

Annexe 2

 

Folio 1/3 de la synthèse de l’étude du XVIIIe siècle, AD22 H511.

 

 

 

 

 

 

Annexe 3

Folio 1/8  de la charte de confirmation des chartes de Conan IV par Pierre II, AD22 H511.

Copie datant probablement de la fin du XVIIe. 


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