19 - Pierre de Nesdes




Les archives bretonnes nous ont fourni peu d’informations nous permettant de construire une biographie structurée de ce commandeur, les archives de la Bibliothèque Nationale de Malte nous ont permis de rajouter quelques données à cette maigre biographie.

En 1511 Pierre de Nesdes est à Rhodes quant, le 1 juillet 1511, il reçoit l’autorisation[1] de quitter l’ile à destination de l’occident, c'est-à-dire l’arrière, en l’occurrence la Bretagne. Le 29 juillet 1514, il est accordé à Pierre de Nesdes, alors qualifié de preceptor de Quimper-Corentin (commandeur), la prérogative de la rétention (c'est-à-dire que tant qu’il résidera à Rhodes il ne dépendra que du grand maître). Le même document précise qu’il est maintenu en possession de sa commanderie[2]. Cette commanderie, à cette date, est encore indépendante, elle ne sera intégrée à celle de La Feuillée qu’entre 1575 et 1579.

 

En mai 1523, le couvent, c’est à dire la direction de l’Ordre est réuni à Messine : assiégé par les musulmans, après cinq mois de siège il a été vaincu  et a dû quitter Rhodes, le 1 janvier 1523. La commanderie de la Feuillée est vacante. Deux commandeurs sont en concurrence, à savoir Pierre de Nesdes représenté par son procureur Emericum de Meny, alias Malpas et Amaury Pison (attesté en tant que commandeur d’Auzon en 1521). Le 4 mai 1523 la commanderie de la Feuillée est attribuée à Pierre de Nesdes[3]

Le 6 mai 1524 la chancellerie de Bretagne[4] émet un ″exécutoire pour frère Pierre de Nesdes, commandateur de la Feillée [La Feuillée], sur les commanderies de Plomeleuc [Plumelec] de Kerrantoyr [Carentoir] et de Beauvoir sur Prissiac″ .

 La société des Hospitaliers à Rhodes à la fin du XVe siècle et début du XVIe est une société violente  que le grand maître de l’Ordre tente de contenir : les registres conservés à la Bibliothèque Nationale de Malte révèlent un nombre important de meurtres, querelles, duels, blasphèmes, injures. A titre d’exemple un jugement pour homicide est ouvert, le 9 janvier 1527, à l’encontre du  commandeur Amaury Pison  cité ci-avant[5]; le 22 janvier 1527 une commission est nommée pour enquêter sur cet homicide[6]; le 5 juillet 1527 il est enjoint à la commission d’examiner à nouveau  le cas Amaury Pison accusé de meurtre[7].

 

Les vingt années qui précèdent la prise de possession de la commanderie de La Feuillée par Pierre de Nesdes furent des années noires pour l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. La pression des musulmans sur l’ile de Rhodes est de plus en plus forte  et se termine en 1523 par la défaite de l’Ordre et son évacuation. Ceci explique que les chevaliers de l’Ordre furent pour la plupart rappelés  à Rhodes et de ce fait absents de leurs commanderies. Pour assurer la gestion de la commanderie de La Feuillée les prédécesseurs de Pierre de Nesdes ont nommé des procureurs et affermé la commanderie. A sa prise de possession Pierre de Nesdes va découvrir  que ces représentants  ont clandestinement et de leurs authorités, sans congié nie permission dudit ordre ne des dits commandeurs, vandues et alliené lesdits bois de haute fustaye des dites commanderies,

arrachés et desmolis les bois taillys d icelle. Faizan ce que leurs fermes leurs ecrits ont expressement  deffendu le faire. Aussy ont laissé tomber et ruiner plusieurs des mulins de la commanderie et ont [illisible] conceder des dites receptes et fermes plusieurs des dits fermiers et receveurs ont durant le service auquelset des dits commandeurs estoint occupés pour la deffensede la foy catholique detenus et emportés plusieurs titres et enseignements des dites commanderies et alliené plusieurs  domaines et heritages et appartenances depuis vingt ans  [8]″.

Pierre de Nesdes va obtenir du roi de France, François 1er, une lettre(A38) par laquelle le roi ordonne  à ses officiers de justice d’intervenir afin que le commandeur soit réintégré dans les biens, droits et revenus dont l’Ordre avait été spolié. Cette même lettre royale met en cause un des fermiers nommé Valantin Hamon.

 

La lettre précédente ainsi que la rapide évolution de carrière de Pierre de Nesdes tant à prouver la probable introduction du commandeur auprès du roi de France.

Pierre de Nesdes est mentionné en tant que commandeur de la  Feuillée[9] lorsqu’il reçoit, le 22 novembre 1524, procuration générale des gentilshommes bretons pour prêter serment de fidélité au roi, avec Pierre, abbé de Bégard, et Philippe de Kerleau commandeur de La Guerche[10].


Il rend aveu au roi le 29 avril 1526[11].  En 1538 il est commandeur de la commanderie de Pontaubert[12] [10]. Il est grand Prieur de Champagne en 1539. Le dénombrement de la commanderie de Pontaubert en 1541, fait après le décès du commandeur  Pierre de Nesdes, permet de situer la date de son décès[13].



[1] Bibliothèque Nationale de Malte, AOM 400, folio 14 recto.

[2] Bibliothèque Nationale de Malte, AOM 82, f° 129 ″ Die eodem (ce même jour 29 juin 1514) Reverendissimus Dominus Magnus Magistrus et Reverendissimus consilius ordinarius determinandus que  Pierre de Nesdes  preceptor de Quimperquorantin gaudeat prerogative retentionis  …… quem retinetur hic ad servitia religionis que…… preceptoria……..precipio …  alius quam continuit possessionem  ujus domum″.

[3] Bibliothèque Nationale de Malte, AOM 84, f° 24.

[4] Table analytique des  registres de la chancellerie de Bretagne, les Blancs Manteaux, volume 35, BnF 22318.

[5] Bibliothèque Nationale de Malte, AOM 85, f° 18.

[6] Bibliothèque Nationale de Malte, AOM 85, f° 20.

[7] Bibliothèque Nationale de Malte, AOM 85, f° 30

[8] AD22 H575, lettre  de François [1er] à Pierre de Nesdes  de Nantes le 15 octobre 1524.

[9] AD22, H509.

[10] Archives Nationales J818-820, trésor des chartes, suppléments à l’inventaire par Henri de Cuzon.

 

[11] AD44, B911.

[12] Bail à cens passé par le procureur de Pierre de Nesdes, commandeur de Pontaubert, d'une place et masure sises au village de Magny, archives de l'Yonne, H2233.

[13] Archives de l'Yonne, H2233.





 



Armes : d’argent à 3 fleurs de gueules, tigées et feuillées de sinople, au chef d’azur chargé de 3 étoiles d’or.

Dessin grand armorial Hozier.

 

 




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