21 - Aymé de Chesne






Originaire du diocèse de Poitiers. Il est baptisé en l’église Saint-Pierre  d’Ingrandes près de Châtellerault. Lors de l’établissement de ses preuves de  noblesse pour l’ordre de Malte, en l’an 1566, par les frères Louis de Grange, commandeur des Epaulx et François de Lybouic( ?) commandeur de Moulin il est agé d’environ 18 à 20 ans. Il est reçu chevalier en 1566. Il est commandeur de La Feuillée vers 1571.Il était prisonnier des Turcs, à Constantinople, le 17 mars 1574, lorsque Jean Pelletier, commandeur de Carentoir, rendit aveu au roi ″ en son nom et comme procureur spécial de Charles Hesselin de Gacourt grand prieur d’Aquitaine[1]. Aimé de Chesne fut très probablement prisonnier des turcs durant plusieurs années. En 1574 quand Jean Pelletier  rendit aveu au roi en son nom il était en possession d’une procuration datée du 5 mai 1573 non pas signée du commandeur mais  émanant du grand prieuré d’Aquitaine. Le 17 décembre 1575 c’est toujours Jean Pelletier qui, en son nom, rendit hommage au roi pour la commanderie de La Feuillée ″ soumise à devoir de serment de fidélité au roy, prières et oraison, du fief amorty sous la cour et juridiction de Quimper-Corentin″.  Nous ignorons s’il dut payer une rançon pour obtenir sa libération. Nous n’avons, à ce jour pu retrouver de document précisant sa date de retour en France.

 

 

Aimé de Chesne et le prieuré d’Aquitaine durant la guerre de la Ligue dans le royaume de France et en Bretagne

Le registre capitulaire[2] du prieuré d’Aquitaine couvrant la période 1590 à 1617 permet de relever que du 6 mai 1591 au 11 août 1598 il est commandeur de l’Isle Bouchard et procureur du prieuré d’Aquitaine.

Sur cette période son influence fut relativement marquante au niveau de ce prieuré. D’une part du fait de sa charge de procureur, c’est-à-dire de responsable de l’application des règles régissant l’Ordre, et de vicaire c’est-à-dire de second du grand prieur d’Aquitaine.  Son influence, conjointe  avec Simon d’Aubigné de Boismozé  commandeur de la Feuillée  et de Guéliant, alors receveur du prieuré d’Aquitaine, va surtout se manifester lors de l’indisponibilité puis décès du grand prieur d’Aquitaine Charles de la Rama sur la période  1592/1594.

En 1594 il reçoit une lettre[3] que lui adresse le roi de France Henri IV : ″ Monsieur le chevallier pour recognoistre les recommandables services que le chevallier de Chaze a faictz a ceste couronne et a votre ordre je luy ay donné le grand prieuré d'Acquitaine et desire qu'il y soit receu et recogneu par tous les chevalliers et commandeurs qui en deppendent ainsi que l'ont esté les autres grandz prieurs ses predecesseurs et que chacun ait a l'assister et a se trouver aux chappitres provinciaux et assemblées qu'il ordonnera et jugera estre necessaires pour le bien de mon service et pour celuy de votre d[it] ordre. Je vous prye sur tout que vous aiez cher de me complaire n'y manquer pas pour votre particullier et asseurez vous que je tiendray le bon ….  que vous y apporterez en consideration de bien et agreable service. Au reste je ne veulx plus comme je l'ay mandé que vos d[it] chappitres se tiennent a Poctiers pendant qu'il sera occupé par mes ennemys rebellés ains en telle autre ville de mon obeissance Sur ce je prye Dieu Monsieur le chevallier vous avoir en sa saincte garde.      Escript a Paris le IIIIe jour d'apvril 1594  Signé Henry[IV]″.

Une lettre, du 27 avril 1594,  de Robert de Chazé  nouveau grand prieur d’Aquitaine adressée au commandeur et procureur Aimé de Chesne mentionne que la désignation du grand prieur par Henri IV date du 24 décembre 1593 et qu’il prit officiellement possession de sa charge de grand prieur le ″dernier jour de mars 1594 au château et maison de Changeloy principale maison et commanderie du grand prieuré d’Aquitaine″. Cette lettre convoque Aimé de Chesne, le dernier jour d’avril 1594, en la ville d’Angers. Et ce pour ″délibérer et aviser″ et tenir en la ville d’Angers (ville hors de l’influence des ennemis du roi) le chapitre provincial qui selon la coutume de l’Ordre se tient chaque année le premier lundi de mai.

Pour comprendre l’envoi de cette lettre il est nécessaire de situer la période. Depuis 1576 la France est soumise aux désordres et dévastations dues à la guerre de la Ligue. Cette guerre de religions est la guerre d’un parti de catholiques contre les protestants.La ligue, soutenue par le pape, refuse  les droits accordés aux protestants et qu’un prince protestant puisse succéder au roi Henri III  qui défend l’Eglise catholique romaine et apostolique. Suite à l’assassinat du roi Henri III en 1589  Henri de Bourbon, alors roi de Navarre  sous le nom de Henri III, lui succède au trône de France sous le nom d’Henri IV. Cette guerre de la Ligue ne prendra fin qu’après qu’Henri IV ai, abjuré le 25 juillet 1593 sa foi protestante[4] , été  sacré roi le 26 février 1594.

 En 1588 s’est engagé  en Bretagne sous la houlette de Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur[5], un prolongement de la  guerre de la Ligue. Le duc de Mercoeur dans son opposition au roi Henri III fait appel aux Espagnols,  le roi de France Henri IV ne pouvant faire face à tous les fronts n’intervient pas en Bretagne et obtient que les anglais interviennent à sa place. Ce que l’on nomme guerre de la Ligue en Bretagne va devenir un affrontement  entre Espagnols et Anglais  avec l’appui des seigneurs bretons qui se répartissent entre ces deux camps. Il faudra attendre la soumission de Mercoeur au roi de France le 20 mars 1598, à Angers, pour mettre fin à cette guerre. Quelques jours plus tard Henri IV  signe l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de religions.

La guerre de la Ligue va fortement perturber la vie et le fonctionnement  du prieuré d’Aquitaine. En principe se tient tous les ans, à compter du premier lundi du mois de mai, à Poitiers,  une réunion annuelle (le chapitre provincial) de tous les commandeurs. 

Pour la période concernée le chapitre provincial ne peut, à plusieurs reprises, se tenir à Poitiers[6]. Le 6 mai 1590 il se tient  en la ville de Tours au logis de madame Prévost, présidé par le grand prieur Charles de la Rama.  Le 7 août une réunion extraordinaire est tenue en la ville d’Angers par ordonnance du grand prieur Charles de la Rama ; présidée par le plus ancien des commandeurs : Simon Cheminé commandeur de Fretay.  Le 6 mai 1591  elle a lieu en la ville de Tours, au couvent des cordeliers, par ordonnance de Charles de la Rama ; présidée par Aimé de Chesne, commandeur de l’Isle Bouchard,  au nom et comme procureur de l’Ordre ;  Simon d’Aubigné[7] receveur de l’Ordre est également présent. Le 4 mai 1592 elle se tient en la ville d’Angers, en la maison et commanderie du Temple d’Angers, près Saint-Laud. ; présidé par Robert de Chazé, commandeur de la Lande de Vercher  et de Sainte Catherine de Nantes, comme plus ancien par ordonnance de frère Aimé de Chesne, commandeur de l’Isle Bouchard et vicaire[8] du frère Charles de la Rama grand prieur. Simon d’Aubigné receveur également présent. Le 3 mai 1593 le chapitre provincial se tient en la ville de Poitiers, présidé par Bertrand Pelloquin grand prieur de France ; Aimé de Chesne procureur.

Il ressort des éléments ci-dessus et des comptes rendus de ces chapitres provinciaux  que la guerre de la Ligue va imposer des déplacements successifs  du lieu géographique de tenue du chapitre provincial. L’incidence principale  de cette guerre sera la chute des revenus de nombreuses commanderies. Les revenus vont fondre et à chaque chapitre le procureur et le receveur vont devoir faire des relances auprès des commandeurs qui n’ont pas payé les charges annuelles dues au prieuré. Ces relances de la part du receveur Simon d’Aubigné sont d’autant plus insistantes que selon les règles de l’Ordre le receveur est personnellement responsable de la bonne tenue des comptes de recettes et dépenses.  Ainsi par exemple lors du chapitre du 3 mai 1593 Aimé de Chesne requiert contre le grand prieur lui-même qui doit grande somme de deniers faulte d’avoir satisfaict de ses charges … qu’il doict paie pour son dict prieuré ; une commission est accordée au procureur pour faire saisie sur le prieuré. Pour les mêmes causes une autre commission lui est également accordée pour faire saisie sur Robert de Chazé commandeur des commanderies de la Lande de Vercher et de Sainte-Catherine de Nantes.

Tel est le contexte politique à l’époque où Henri IV transmet, suite au décès de Charles de la Rama grand prieur du prieuré d’Aquitaine, les lettres sus-mentionnées[9] à l’intention des commandeurs de ce prieuré.

Il en ressort principalement les étapes et points suivants :

·         Le 24 décembre 1593  Henri IV attribue le prieuré d’Aquitaine à Robert de Chazé seigneur de la Blanchays commandeur de  la Lande de Vercher  et de Sainte Catherine de Nantes ‟en consideration des bons et recommandables services qu'il a faictz a ceste couronne et de ce qu'il est des plus antiens et des mieulx meritants chevalliers de votre ordre en la province d'Acquitaine.

·         Le 4 avril 1594 lettres d’Henri IV à Aimé de Chesne (procureur)  et Simon d’Aubigné de Boismozé (receveur) leur enjoignant d’accepter pour grand prieur Robert de Chazé et de ne pas organiser leur prochain chapitre provincial  à Poitiers,  ville tenue par ses ennemis.

·         Le 31 mars 1594 Robert de Chazé fait enregistrer les lettres d’Henry IV au greffe de la sénéchaussée de Fontenay.

·         Le 4 avril 1594 selon les formes requises, en présence du sénéchal, d’un avocat du roi et d’un greffier, tous de la sénéchaussée de Fontenay, Robert de Chazé prend possession du prieuré d’Aquitaine au château et commanderie de Champgillon.

·         Le 27 avril 1594 Robert de Chazé , grand prieur nommé par Henri IV, transmet ses instructions à Aimé de Chesne procureur du prieuré d’Aquitaine   et le convoque à Angers pour le 30 avril 1594 pour ‟  aviser de la ville  de l’obéissance au roi et de la ville à laquelle se tiendra le  prochain chapitre qui doit se tenir le premier lundi de mai‟.

·         Le 2 mai 1594, nonobstant les injonctions d’Henri IV a lieu, à Poitiers, l’ouverture du chapitre provincial. Ce chapitre est présidé par Aimé de Chesne en tant que plus ancien  et comme procureur général de l’Ordre. Simon d’Aubigné le receveur ainsi que nombre de commandeurs et chevaliers sont présents. Par contre Robert de Chazé le grand prieur désigné par Henri IV est absent.

 

Aimé de Chesne et Simon d’Aubigné ainsi que les commandeurs et chevaliers présents  rejettent les instructions d’Henri IV ainsi que celles de Robert de Chazé nommé par Henri IV : ils n’acceptent pas le nouveau grand prieur et se sont réunis à Poitiers contrairement aux instructions du roi. Ces choix semblent avoir fait l’unanimité des commandeurs et frères présents. Ils  écrivent et transmettent au grand maitre de l’Ordre, Hugues Loubens de Verdalle, à Malte, un court courrier  mentionnant  les demandes du roi, et leur refus de tomber sous la dépendance du roi, d’avoir des promotions qui ne seraient plus dépendantes de leurs mérites et ancienneté  mais du bon vouloir du roi  et des luttes d’influence : llustrissime Monseigneur estans tous assemblez à nostre  chappitre provincial, les sieurs commandeurs du Chesne et du Boymoze nous ont monstré certaine lettre du Roy par lesquelles il nous commande de recongnoistre le sieur  commandeur de Chaze pour prieur d’Acquitaine.  Ensemble [ainsi que] une prinse de possession de prieur avec le don de sa  Majesté.

Et d’aultant que c’est une chose de ville [mauvaise] consequance à tout nostre ordre et à nostre langue particullièremen. Prévoyans nostre tutelle comme de perdre l’espérance  d’une récompance de noz longs services. Et que si cela a  lieu c’est nous lever [ôter] le couraige de rendre le service que nous debvons à nostre religion quy nous faict vous  supplier tres humblement Illustrissime Monseigneur de voulloir emploier vostre crédit et faveur pour faire rompre telz desseings pernitieux. Qui ne menassent pas moings que  la totalle ruine de vostre ordre.

Et nous assurans de la  bonne vollonté que nous portes [vous nous portez] pour estre vos très humbles et trés obéissans serviteurs et religieux. Et que vous y  apporterez l’affection telle qu’un Maistre doibt avoir à ses fidelles serviteurs pour nous faire jouir du fruict de nos labeurs  nous empeschera de vous ennuier davantaige.

 Et en cest endroit prions Dieu, Illustrissime Monseigneur, vous donner en santé très heureuse et longue vie.

De Poictiers ce 2 mai 1594, vos très humbles très obéissans serviteurs et religieux les commandeurs,  chevaliers et frères de leur prieuré d’Acquitaine.

 A part cette lettre transmise au grand maître de l’Ordre cette réunion du chapitre provincial  se déroule, conformément aux précédentes, sans plus épiloguer sur le refus, a priori unanime, d’accepter  les injonctions d’Henri IV.

D’ailleurs le premier point abordé fut la relance des commandeurs n’ayant pas payé leurs droits et charges.

La part la plus importante partie du chapitre  fut consacrée à préparer les éléments qu’impliquent la tenue du chapitre général de l’Ordre, à Malte, le premier dimanche de novembre 1594. Le commandeur Henri d’Appelvoisin est choisi pour y représenter le prieuré  d’Aquitaine. Sont également choisis les six remplaçants successifs  en cas d’absence ou d’empêchement d’Henri d’Appelvoisin et établies les cascades de procurations nécessaires. Ont ensuite été établis les mémoires que le prieuré d’Aquitaine entend défendre lors de ce chapitre. Le principal mémoire a trait aux pertes, désolations, ravages  des commanderies, surtout survenus lors des six dernières années. Les guerres de la Ligue ont ruiné les commanderies du prieuré et les commandeurs demeurent débiteurs envers l’Ordre de plusieurs sommes d’argent. Ils sollicitent que le prieuré d’Aquitaine soit déchargé de cinquante mille écus et soit tenu quitte du passé.

Poursuivant l’étude des affaires courantes ils souhaitent regrouper des petites commanderies de peu de valeur et de ce fait non viables. Neuf commanderies répondant à ces critères sont identifiées.

Ils proposent de regrouper celle de Villeneuve avec celle de Poitiers et ce pour éviter les grosses dépenses d’hôtellerie lors des réunions à la commanderie de Poitiers qui n’a pas de logis apte à recevoir les frères convoqués.

Toujours dans les affaires courantes sont étudiées les preuves de noblesse, bonnes mœurs et catholicité de plus de 12 postulants  ainsi que les rapports d’améliorissement des commanderies du chevalier Christophe Jousseaume.

Que devint Robert de Chaze le grand prieur choisi par Henri IV ?

Robert de Chaze nommé, le 23 décembre 1593,  par Henri IV grand prieur d’Aquitaine va tenter d’assumer cette fonction. Sa nomination semble avoir été unanimement rejetée par les frères hospitaliers. Comme le prévoient les règles de fonctionnement des prieurés, le premier lundi  du mois de mai, c’est à dire le 2 mai 1594 le chapitre provincial du prieuré d’Aquitaine se réunit à Poitiers : Robert de Chaze n’est pas présent. Robert de Chazé était auparavant commandeur de la Lande de Vercher et de Sainte-Catherine de Nantes il le restera après sa brève tentative pour assumer la charge  de grand prieur.Il semble que son évolution au sein de l’Ordre va s’en trouver ralentie sinon bloquée. Lors du chapitre provincial du 3 mai 1593 Robert de Chaze ayant réalisé plusieurs améliorissements des ses commanderies  requiert qu’une commisssion soit désignée pour  assurer la visite et en établir le rapport.  Lors du chapitre de 1594 vu le contexte la visite n’a pas eu lieu. Lors de celui de 1595 la visite n’a pas été réalisé et Jehan le Sueur, commandeur de Quittay, se faisant le porte parole de Robert de Chazay sollicite qu’une commission soit nommée pour contrôler les améliorissements de la commanderie de la Lande de Vercher. L’année 1596 se passe sans que la dite visite n’ai eu lieu. En 1597 Simon d’Aubigné demande qu’une commission soit formée pour visiter les améliorissements de la Lande de Vercher et Sainte-Catherine de Nantes. En 1598 ce sera Jehan Le Sueur commandeur de Quittay qui formule la même demande. Ce ne sera que six années après la première demande qu’enfin Christophe de Jousseaume, commandeur de Moulin et Loudun  présente au chapitre du 3 mai 1599, le rapport des améliorissements de la commanderie de la Lande de Vercher. Les commandeurs Louis d’Appelvoisin et Ambroise Chasteigner sont chargés de l’analyser ; ils déclarent les améliorissements recevables. Une forme de sanction a été appliquée à l’encontre de Robert de Chaze pour avoir accepté une nomination qui allait à l’encontre de l’intérêt général de l’Ordre.

Réflexion quant à l’attitude des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem vis-à-vis des pouvoirs que représentent l’Ordre, le roi de France, le pape

Lors du présent épisode le roi de France a tenté d’imposer ses choix. Or selon les statuts de l’Ordre le choix des grands prieurs ne dépend nullement  des gouvernements des états où ils sont implantés. Et ce d’autant plus que depuis son installation sur l’archipel maltais l’Ordre est devenu un ordre souverain avec un ambassadeur en France. Les frères chevaliers de l’Ordre sont des religieux catholiques et sont donc sous l’autorité du pape mais du fait des privilèges que les papes leur ont accordés  ils ne dépendent pas des évêques et sont donc en France indépendants du clergé français.

En mai 1576 le roi Henri III par l’édit de Beaulieu accorde divers droits aux protestants. Les catholiques  constituent des ligues qui en contestent les termes et de fait s’opposent au roi.   Ces ligues sont réunies par un serment. Une première bascule se passe en 1584 quand François, duc d’Alençon, catholique,  héritier légitime du trône décède faisant ainsi du protestant  Henri de Navarre l’héritier légitime du trône de France. Le duc de Guise prend en 1585 la tête d’une nouvelle ligue qui affiche l’objectif d’établir la religion catholique comme religion unique en France. En décembre 1588 le duc de Guise est assassiné. L’opposition de la Ligue est de plus en plus frontale avec le roi de France.  En 1589 un dominicain ligueur assassine le roi Henri III faisant ainsi d’Henri de Navare le nouveau roi de France  sous le nom d’Henry IV. Les ligueurs n’acceptent pas ce roi de France protestant.

La position des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem du prieuré d’Aquitaine à partir de cette date  devient de plus en plus délicate. Ils sont obligatoirement de religion catholique. Ils dépendent du pape qui a logiquement pris position pour la Ligue. Aussi, bien que leurs règles mentionnent qu’ils ne doivent pas  intervenir dans les querelles des princes, ils prennent plutôt position en faveur des ligueurs. Il est fortement probable que l’on puisse conclure que découlent des éléments mentionnés ci-avant  la décision prise, le 2 mai 1594,  par les chevaliers du Prieuré d’Aquitaine de rejeter les injonctions du roi Henri IV.

L’histoire ou les choix politiques sont plus complexes pour les commanderies bretonnes prises entre l’obéissance au roi  et les ligueurs. Notamment à compter de 1588 quand le gouverneur de Bretagne, le duc de Mercoeur, bascule dans l’opposition au roi et devient le chef de la Ligue en Bretagne. Les péripéties de la commanderie de la Feuillée et de celle de Carentoir  permettent d’en percevoir la complexité.

Le 24 avril 1587 Jehan Pelletier commandeur de Carentoir (Morbihan), en tant que représentant du commandeur de la Feuillée signe l’acte qui attribue la ferme générale de la commanderie de la Feuillée  conjointement à Yves de Botmeur sieur de Rosmeur et René Chaillou pour une durée de 5 années moyennant la somme de 5666 écus[10].

Jehan Pelletier sur cette période de la guerre de la Ligue est resté présent en Bretagne. Ce ne fut guère le cas des commandeurs de la Feuillée. Ainsi  déjà en 1574 et 1575 c’est Jehan Pelletier qui rend aveu au roi  au nom du commandeur  de la Feuillée Aimé de Chesne ce dernier étant prisonnier des turcs. 

Jehan Pelletier restera pendant cette période de la guerre de la Ligue un fervent partisan du roi et en paiera lourdement  les conséquences[11].

Yves de Botmeur quant à lui  fut un ligueur très actif : présent à la première assemblée du conseil de la Saint Union à Morlaix en 1589 ; député de Morlaix aux Etats de Nantes en 1591 il y signe le serment collectif de soutien à la Ligue[12].

On perçoit en conséquence que l’attitude des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem en Bretagne fut plutôt orientée vers les ligueurs et que  Jehan Pelletier  partisan du roi fut plutôt une exception.

Les commanderies vont globalement souffrir et leurs revenus devenir problématiques du fait de la présence sur le terrain des armées espagnoles, anglaises, des ligueurs et de celles qui soutiennent le roi  qui toutes vivent sur le pays avec ses soudards et exactions.

Quelques épisodes permettent de tracer les péripéties de l’influence de la guerre de la Ligue sur la commanderie de la Feuillée, à noter auparavant même si les découpages et changements de camps furent fréquents que les évêchés de Nantes, Vannes et Quimper penchèrent plutôt pour les ligueurs :

·         Le 27 avril 1587  Jehan Pelletier a attribué, au nom du nouveau commandeur de la Feuillée Simon d’Aubigné, la ferme générale de la commanderie de la Feuillée à Yves de Botmeur notable de Morlaix.

·         A compter de 1589 Yves de Botmeur est pleinement engagé en tant que ligueur, en avril 1591 il signe à Nantes le serment collectif de soutien à la Ligue.

·         Le 8 novembre 1591 le duc de Mercoeur prononce la main-levée sur les biens confisqués  de Simon d’Aubigné, comme biens appartenant à un ennemi de la Sainte Union[13].

·         Le 23 novembre 1591 François de la Salle, commandeur de la Guerche, procureur spécial de Simon d’Aubigné, attribue la ferme générale de la commanderie de la Feuillée à Yves de Botmeur pour les années 1593 et 1594[14].

·         Le 25 juillet 1593 Henri IV s’est converti au catholicisme et le 27 février 1594 il est sacré roi à Chartres. La Ligue s’efface hors de la Bretagne. Le maréchal d’Aumont entreprend de reconquérir les villes bretonnes acquises à la Ligue.

o    En aout et septembre 1594 la ville et le château  de Morlaix sont assiégés. A cette occasion des biens de la commanderie de la Feuillées subissent quelques dégâts : ses moulins de Kerbérou et de Kersalain  implantés sur la paroisse de la Feuillée  sont abattus et ruinés par les gens de guerre[15].

o    En octobre la ville de Quimper est assiégée et se rend. Des biens locaux de la commanderie de la Feuillée vont souffrir  de ces combats : situées en la ville de Quimper  ‟  la chapelle fondée de Monsieur Sainct-Jehan et joignant icelle une maison, lesquelles avons trouvé toutes desconstruites et ruynés et nous a le dict commandeur que lors la ville de Quimper-Corentin fut assiege par Monsieur le marechal d’Aumont, les anglois firent la dicte demolition …‟.

·         La commanderie de la Feuillée va surtout avoir à souffrir  de la présence des armées sur le territoire de la Basse-Bretagne, des difficultés ou impossibilité des fermiers d’exploiter leurs terres, d’assurer leurs récoltes et donc de verser à la commanderie les montants de leurs fermages. Mais également du fait des prélèvements réalisés pour les armées. Ainsi à titre d’exemple du côté de l’armée royale il ressort qu’un  mandement a été ordonné, en 1589, par le ‟ prince de Dombes au juge de la Roche-Bernard de lever sur les paroisses rebelles au roi la solde de 30 chevaux légers et 50 arquebusiers composant la garnison du château de la Bretesche sous les ordres du chevalier de Carentoir  [Jehan Pelletier commandeur de Carentoir]et du sieur de Saint-Ermé (Arch. 44, E. 1310).

 

La  réunion du chapitre provincial du prieuré d’Aquitaine tenue le 6 mai  1596 à Poitiers  apporte la preuve que la  poursuite de la guerre de la Ligue en Basse-Bretagne porte d’énormes préjudices aux revenus de la commanderie de la Feuillée. A la demande de Simon d’Aubigné, commandeur de la Feuillée et trésorier du  prieuré d’Aquitaine décision est prise de faire intervenir les ambassadeurs de l’Ordre auprès de sa Majesté (Henri IV) et auprès du duc de Mercoeur afin que l’Ordre puisse jouir pleinement de ses commanderies bretonnes[16].

 

Nous retrouvons sa trace dans un arrêt de la cour de Paris, du 15 décembre 1599, suite à une  procédure opposant frère Aimé de Chesne, chevalier du dit Ordre, commandeur de l’Ile Bouchard, aux  ″manants et habitants de la paroisse de Brisay[17] ″. Un arrêt de la cour de Paris18, du 25 mai 1615, touchant la confection de l’inventaire des meubles trouvés en la commanderie de l’Ile Bouchard, nous informe qu’il décéda l’année précédente. 

 

Arbre d’ascendance ″d’Aimé de Chesne″[18]



[1] AD44, B911 et B2408

[2] BnF 3607.

[3] AD86 3H1/4. Henri IV a adressé, à la même date, une lettre similaire au chevalier Simon d’Aubigné de Boismozé alors receveur du prieuré d’Aquitaine.

[4] Le roi de France Henri IV  à sa naissance, en 1553,  fut baptisé dans la religion catholique. Il changera  six fois de religion.

[5] Le duc de Mercoeur était le beau-frère du roi de France Henri III.

[6] BnF  manuscrit 3607.

[7] Simon d’Aubigné de Boismozé, à cette date, commandeur de la Feuillée et de Guéliant et receveur du prieuré d’Aquitaine.

[8] Au sens de second et non au sens religieux.

[9] Archives départementales de la Vienne  3H1/4.

[10] AD 22 H520 : acte de compromis datant du 6 aout 1596  entre Simon d’Aubigné commandeur de la Feuillée  et Jehan de Botmeur  fermier général de la commanderie de la Feuillée. Jehan de Botmeur n’ayant pas acquitté les fermages dus pour les années 1593 et 1594 du fait des ravages de la guerre de la Ligue.

[11] Extrait de la prosopographie établie par Hervé Le Goff sur la période de la guerre de la Ligue en Bretagne : PELLETIER (Frère Jean Le), chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur du Temple de Carentoir dès 1564 (Voir les « Preuves de noblesse de Maurice et François de Lesmelleuc, dits de la Salle » (septembre 1579), Regia bibliotheca Melitensis, n° 2969). Il fut capitaine de Hennebont et Blavet en 1579 (G. de Corson). Dès le déclenchement de la Ligue en Bretagne, il prend le parti des royaux et est nommé capitaine de la Bretesche en Nivillac, en 1589. Mandement du prince de Dombes au juge de la Roche-Bernard de lever sur les paroisses rebelles au roi la solde de 30 chevaux légers et 50 arquebusiers composant la garnison du château de la Bretesche sous les ordres du chevalier de Carentoir et du sieur de Saint-Ermé (Arch. 44, E. 1310). C’est lui sans doute  le commandeur de Quaranthoé  envoié expres [le 22 novembre 1591] en ceste ville [de Saint-Brieuc] de la part de monseigneur le prince pour les affaires d’entre le sieur du Liscoet et le capitaine Chasteau touchant la tour de Cesson  (AD 22, 82 J 5, comptes de Compadre). Il avait reçu de Dombes le commandement de la tour de Cesson le 21 mars 1592, pour y remplacer du Liscoët qui s’y était installé malgré les ordres du prince. Le 19 juillet 1592, il accompagne Sourdéac quand celui-ci entre à Saint-Brieuc (Rev. Bret. Vendée, 1866, p. 185, Comptes de Compadre). Il reçoit 205 écus pour un voyage qu’il avait fait vers le général Norreys, suivant les mémoires et instructions qui lui ont été baillées par le maréchal d’Aumont (ordonnance du 23 octobre 1593) (ADIV, C 2912, f°118 v°). Par ordonnance du maréchal d’Aumont, du 25 janvier 1594, il reçoit 200 écus « pour un voyage qu’il a fait en Angleterre pour le service du roi ». Il y rencontre l’ambassadeur Beauvoir (ADIV, C 2913, f° 210 v°). Les Etats de 1595 lui accordent 500 écus pour le récompenser des services qu’il a rendus au roi, durant deux mois, dans la ville de Morlaix (Arch. 35, C. 2914). Le château de la Commanderie de Carentoir se trouvait dans le bourg actuel du Temple (évêché de Vannes). En représailles de l’attitude du commandeur, le bourg de Carentoir et la maison du Temple furent pillés et brûlés par les Ligueurs en 1596. Il est parrain à Rennes-Saint-Germain, le 20 janvier 1593 et à Rennes-Saint-Sauveur, le 17 avril 1596. Le Pelletier mourut presque dans la misère en juin 1598, à Rennes, dans la maison de la Butte, près le Champ-Jacquet (Arch. 44, B.1009 et 1013- Archives de la Vienne, 3 H, 300 et 303). Consulter sur cette maison l’abbé Guillotin de Corson, « La Commanderie du Temple de Carentoir et l’Hôpital de Quessoy, son annexe, Bulletins de l’Association Bretonne, année ».

[12] Extrait de la prosopographie établie par Hervé Le Goff sur la période de la guerre de la Ligue en Bretagne : BOTMEUR (Yves de), sieur de Rosmeur. Il est présent à la première assemblée du conseil de la Sainte-Union qui se tient à Morlaix, le 27 septembre 1589 (de Barthelemy, « La Chambre du Conseil de la Sainte-Union. Cahier pour les affaires de la ville », RHO, mai 1885, documents, p. 40). Le 19 février 1590, le Conseil de ville lui demande d’accompagner des troupes pour renforcer le siège de Tonquédec. Capitaine de la paroisse de Saint-Melaine. Il est l’un des députés de Morlaix aux Etats de Nantes en mars-avril 1591. Il y signe le serment collectif de soutien à la Ligue (ADIV, C 3188). Il est parrain à Morlaix-Saint-Mathieu, le 22 juin 1593. Il est parrain à Morlaix-Saint-Mathieu, le 17 octobre 1595 et 8 mars 1598. Depuis 1596 au moins, il est procureur et receveur de Messieurs les abbés et couvent du Relec. A ce titre, en 1598, il dépose devant la cour de Morlaix une demande d’information pour établir « la ruine et pillage causé à l’abbaye du Rellec par les gents de guerre » [Bul. Ass. Arch. Finistère, 1892, p. 99].

 

 

[13] Archives départementales du Finistère A34.

[14] Archives départementales des Côtes-d’Armor  H art 580.

[15] Rapport de la visite d’améliorissement de la commanderie de la Feuillé réalisée en 1596 ; AD 222 H580.

[16] Registre capitulaire du prieuré d’Aquitaine de 1590 à 1617, BnF manuscrit 3067.

[17] Jacques Bosio, Histoire de Malte avec les statuts et les ordonnances, traduction de l’Italien par J. Baudoin avec adjonction des chapitres généraux de 1603 et 1632, Paris, Jacques d’Allin, 1659.

[18] BNF, ms. fr. 32403, p. 157 et archives de la Bibliothèque nationale de Malte AOM 2496.

 

 

 

 

 

Arbre d’ascendance ″d’Aymé de Chesne″[18]











 

 

 

 Armes : d’azur à 3 glands d’or. (alias : d’argent au chêne de sinople).

Dessin grand armorial Hozier.

 

 






 



 




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